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Semaine nationale des Cordées de la réussite : coup de projecteur sur le dispositif HTTP

Publié le 20 janvier 2022

Depuis sa mise en place en 2013, le programme HTTP démontre que les collégiens et lycéens en situation de handicap réussissent d’autant mieux leurs études s’ils sont accompagnés, orientés, encouragés.

Tutorés par des élèves ingénieurs de l’École, certain-e-s ont accompli des choses qu’ils n’auraient jamais cru possibles : participer à une conversation, répondre à une interview face caméra, intégrer une université…

Ludwig van Beethoven était sourd, Albert Einstein a postérieurement été diagnostiqué dyslexique, la militante écologiste Greta Thunberg est atteinte d’un trouble du spectre autistique qu’elle considère, dans « certaines circonstances », comme un « super-pouvoir ». Les troubles cognitifs, moteurs, psychiques ou sensoriels sont spontanément et ordinairement présentés comme des handicaps pétrifiants. Pourtant, la liste est longue des personnalités qui ont su transfigurer leur différence en force.

Selon le ministère du Travail, de l’emploi et de l’insertion, 80 % des personnes handicapées ont un niveau inférieur au baccalauréat. Seuls 20 % des bacheliers handicapés poursuivent des études dans l’enseignement supérieur et moins de 5 % accèdent à une grande école. 


Une partie des élèves tutorés du programme HTTP.
 

À travers son Labo sociétal, Centrale Marseille agit pour l’inclusion via son programme Handicap TuTorat Phocéen (HTTP). Il concerne chaque année une vingtaine de personnes atteintes de troubles d’apprentissage (troubles DYS : dyslexie, dyspraxie, dysphasie, troubles de l’attention, mnésiques…), du spectre autistique ou de déficiences (auditive, motrice…), et scolarisées en milieu dit ordinaire. 

S’émanciper par les études

Lancé en 2013 et labellisé Cordée de la réussite trois ans plus tard, le dispositif HTTP s’inspire du programme PHARES (Par-delà le Handicap, Avancer et Réussir des Études Supérieures), promu par l’association La Fédé 100 % Handinamique. Il vise à favoriser l’égalité des chances dans l’accès à l’enseignement supérieur. Pour ce faire, il intervient dans six domaines :

  • La confiance et l’estime de soi
  • La citoyenneté et la responsabilité
  • L’ouverture culturelle et scientifique
  • L’esprit critique
  • L’apprentissage des connaissances
  • L’orientation scolaire et professionnelle

Sur fond de contexte législatif favorable, avec la loi sur le handicap de 2005, et d’adaptation progressive des infrastructures, l’accès aux études supérieures des personnes en situation de handicap tend à progresser, mais encore trop lentement et de façon inégale. L’un des obstacles à franchir est souvent personnel et psychologique. « Ce n’est pas pour moi » ; « c’est trop haut pour moi » ; « personne dans ma famille n’a fait d’études supérieures »… Combien de jeunes gens renoncent à leurs rêves ? Combien se détournent des études par anticipation de l’échec ? Combien n’osent pas ?

Des élèves ingénieurs bénévoles de l’association étudiante centralienne Échanges Phocéens accompagnent, tous les samedis après-midi pendant deux heures, des jeunes gens, de la 4e à la terminale. Les premiers valorisent les seconds pour leur donner confiance en eux et, ainsi, briser les mécanismes d’autocensure, qui mènent souvent à une auto-élimination opérée par les élèves eux-mêmes. Ici, l’objectif est double. Il s’agit de faire naître les conditions de possibilité d’études épanouissantes et prometteuses, susciter l’envie d’apprendre et l’ambition scolaire, puis accompagner l’insertion sociale et professionnelle des élèves encordés. Ces derniers sont invités à se saisir de ressources et d’outils conçus pour les aider à devenir maîtres de leurs choix et de leur vie. 

Le projet entrepris par le groupe HTTP en 2021 : la construction d’un hôtel à insectes, installé à proximité du potager de l’École !

Révéler les potentiels

Les séances de tutorat collectif se tiennent en petits groupes et proposent une variété d’activités propices à l’expression orale, l’ouverture sociale, la curiosité intellectuelle et l’engagement citoyen : ateliers de découverte culturelle et scientifique, méthodologie, apprentissage ludique de l’anglais, débats sur des sujets d’actualité, pratiques artistiques, etc. Le tout, agrémenté de sorties, conférences, visites et autres stages thématiques. Les élèves qui préparent le bac ou le brevet bénéficient d’ateliers spécifiquement conçus pour augmenter leur chance de réussite. 

Les tuteurs misent sur la volonté, l’énergie, la détermination de chacun, mais aussi sur l’ouverture, l’échange, l’écoute, la coopération de tous. Timides en début de programme, les encordés prennent rapidement leurs marques. Évoluant dans un cadre propice, rassurant, bienveillant, ils se sentent bientôt comme chez eux. Les efforts individuels s’avèrent alors d’autant plus remarquables qu’ils sont portés par un travail et un encouragement collectifs. S’appuyant sur des liens simples et directs, de proximité, de convivialité, de confiance patiemment construits, cette pédagogie collective fait ses preuves.

 


Sophie Dominique, responsable du pôle Égalité des chances du Labo sociétal.
« Nous aidons ces jeunes gens à prendre la mesure de leurs capacités et de leurs richesses. »

Un accompagnement dans la durée ?

Les collégiens et lycéens qui intègrent le programme HTTP sont accompagnés pendant 5 ans par des élèves ingénieurs bénévoles d’Échanges Phocéens. Ces jeunes encordés regardent ces moments d’échanges comme un espace de bien-être, un cocon, une bulle. Ils reviennent chaque année. Un ancien tutoré, aujourd’hui âgé de 23 ans, reste fidèle aux rendez-vous hebdomadaires. Il est devenu mentor. De fait, certains ont du mal à quitter le dispositif.

D’autres continuent de solliciter cet accompagnement, qui ne s’inscrit ni dans le cadre scolaire, ni dans le cadre médical, ni dans le cadre familial. Il s’agit d’une aventure unique, un moment particulier qui leur est propre.

Le défi de l’année ?

En collaboration avec l’association étudiante Échanges phocéens, le Labo sociétal a conçu un projet fil rouge thématique. Une manière de fidéliser les élèves après deux ans compliqués par la pandémie de Covid-19 et des confinements successifs. Cette année, les tutorés sont chargés de dessiner la Marseille de demain sous l’angle du développement durable. Il s’agira, par exemple, d’incarner un conseil municipal défendant des ambitions environnementales auprès d’un public d’administrés. 

Ce projet se veut une activité ludique impliquant une belle dose d’imagination, de créativité, de mise en scène. Des rencontres avec des personnalités concernées de près par le sujet (professionnels, associations, élus…) nourriront leurs réflexions et scénarios. Chaque groupe présentera son projet pour une Marseille durable lors de la journée de clôture des tutorats en fin d’année. 

Les séances de tutorat sont assurées en duo, ou trio, par des élèves ingénieurs de l’association centralienne Échanges Phocéens. Ici, Corentin et Rebecca officient face à des élèves réunis en petits groupes pour encourager la participation et les prises de parole.

Une expérience formatrice et inoubliable pour les tuteurs ?

En complément de l’accompagnement proposé par le Labo sociétal et le bureau d’Échanges Phocéens, nos élèves ingénieurs sont formés tout au long de l’année par des membres de La Fédé 100 % Handinamique, association partenaire de l’École qui œuvre en faveur de l’égalité des chances pour les jeunes en situation de handicap, en favorisant la poursuite de leurs études supérieures et leur accès à l’emploi. 

Ils bénéficient aussi de l’appui de l’équipe dédiée à la scolarisation des élèves à besoins éducatifs particuliers du rectorat d’Aix-Marseille, notamment de ses conseillères pédagogiques ASH (Adaptation scolaire et scolarisation des élèves en situation de handicap), qui leur partagent de nombreuses ressources.

De fait, ces actions d’accompagnement représentent un réel défi pour ces futurs ingénieurs, qui s’adaptent brillamment au trouble et au rythme de chacune et chacun, sans jamais se plaindre. Cette expérience formatrice leur permet d’acquérir toute une palette de compétences qui leur serviront, dans leur vie professionnelle notamment. 

De l’implication et des initiatives ?

Corentin et Rebecca, responsables, en 2021, du programme HTTP au sein d’Échanges Phocéens, ont organisé une conférence sur le handicap dans le cadre de la semaine nationale des Cordées de la réussite. Avec leur invitée, Anna Magnano, membre de l’association La Fédé 100 % Handinamique, ils ont tenu à dissiper les idées reçues et autres stéréotypes qui frappent les personnes en situation de handicap. 

Leur objectif était aussi stratégique : sensibiliser de futurs ingénieurs, managers, cadres scientifiques qui seront amenés à prendre des responsabilités, arrêter des choix qui auront de l’impact ou être force de proposition pour un recrutement plus ouvert et représentatif de la société. 

Un travail d’équipe ?

Les tuteurs agissent aux côtés de partenaires engagés au quotidien dans le champ du handicap : institutions, associations, établissements scolaires. Nombre d’activités sont également organisées en collaboration avec d’autres associations de Centrale Marseille, dont le Fablab, le Bureau des arts ou encore Ingénieurs sans frontières. 

Nous travaillons aussi bien sûr avec les familles et leurs enfants. 

Des projets ?

Avec l’association centralienne Échanges Phocéens, nous souhaitons créer une communauté des anciens élèves tuteurs et élèves tutorés. Nous conservons des liens informels avec certains collégiens et lycéens qui ont fréquenté notre École. Nous pensons que leurs témoignages sur leur expérience pourraient être instructifs à leurs successeurs, aussi bien du côté des tutorés que de celui des tuteurs.

Nous songeons par ailleurs à l’accompagnement que nous pourrions poursuivre auprès de ces anciens tutorés, notamment dans le champ de l’insertion professionnelle. 

 

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