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[Alumni] Adam Scheinherr : docteur centralien et maire adjoint de la ville de Prague

Publié le 24 novembre 2022

Qu’on se le dise, Centrale Méditerranée mène à tout ! À toutes les aventures, les plus riches, les plus passionnantes... et les plus inattendues. Le parcours d’Adam Scheinherr en témoigne.

Titulaire de l’ancien master aéronautique et d’un doctorat, tous deux soutenus à Centrale Méditerranée, cet ingénieur en mécanique et physicien a travaillé dans le nucléaire civil, avant de devenir maire adjoint de la ville de Prague, capitale de la République tchèque.

Adam Scheinherr, docteur centralien et maire adjoint aux transports de la ville de Prague.

« Les professeurs, les amis, les collègues, les Calanques, le Mistral, le Bar-bu ! » Adam Scheinherr a conservé de Centrale Méditerranée (anciennement Centrale Marseille) et de la Cité phocéenne des souvenirs aussi riches qu’enthousiastes. 

Étudiant à l’Université de Bohême de l’Ouest, Adam a découvert l’École dans le cadre d’une mobilité académique ‒ une idée soufflée par l’un de ses professeurs, le docteur Jiri Polansky. Il en est tombé amoureux en moins de temps qu’il n’en faut pour dire Centrale. 

Tant et plus que, son master aéronautique et espace en poche*, Adam prolonge son séjour le temps de valider un doctorat en mécanique et physique des fluides, au sein de l’école doctorale 353, Sciences de l’ingénieur : mécanique, physique, micro et nanoélectronique, et du laboratoire Irphé (Institut de recherche sur les phénomènes hors équilibre)**. 

En 2015, Adam soutient sa thèse, dirigée par le professeur Olivier Boiron (laboratoire Irphé), sur le « mouvement de la glotte humaine et son impact sur le flux d’air et le dépôt d’aérosols dans les voies aériennes supérieures pendant la respiration ». Il démontre que la glotte agit comme un filtre qui limite l’inhalation de médicaments administrés par aérosol. Le jeune chercheur a été passionné par son sujet, entre mécanique des fluides et biomécanique. 

Du nucléaire civil...

Le docteur, frais émoulu de celle qu’on appelait encore Centrale Marseille, fait ses adieux à l’École et à la tourbillonnante Cité phocéenne, pour rejoindre son pays natal où l’attend un poste dans le nucléaire civil. « Ingénieur à l’Institut de recherche nucléaire de Řez, je travaillais sur un projet des Nations Unies destiné à réduire l’utilisation de matériaux riches en uranium, en particulier dans les instituts de recherche nucléaire. L’objectif était de limiter les détournements de cette matière éminemment dangereuse et, par la même, les risques mondiaux liés à la fabrication et à l’utilisation d’armes nucléaires », confie-t-il. 

Les grandes puissances nucléaires mondiales (France, États-Unis, Russie, Chine, Angleterre... mais aussi l’Agence internationale de l’énergie atomique) avaient en effet coutume de fournir des produits fissiles aux États qui ne possèdent pas la technologie nucléaire, pour les aider à développer la recherche et l’enseignement supérieur dans le domaine. Les chercheurs se familiarisent avec ces matériaux, tandis que les enseignants réalisent leurs cours pratiques à partir d’échantillons de matière.

L’Organisation des Nations Unies s’est aperçue que plusieurs tonnes de produits radioactifs circulaient ainsi dans le monde et a lancé un programme pour les récupérer et les sécuriser. Adam organisait les missions, gérait ses équipes et se rendait lui-même par monts et par vaux (Ouzbékistan, Géorgie, Ghana, Nigéria...) pour collecter les matériaux incriminés. Certaines de ses missions se sont déroulées sous très haute tension, sur des terrains en guerre plus ou moins larvée. Adam opérait alors entouré d’hommes armés chargés de sa protection.

Adam pose près du pont de Libeň, à Prague, le seul pont cubiste du monde. Commencés en 2022, les travaux de rénovation et réaménagement, sont prévus pour s’achever dans trois ans. 

... à la sauvegarde du patrimoine

À Prague, Adam découvre, au cours d’une promenade, le pont de Libeň, qui enjambe la Vltava. Son ami, architecte italien féru de restauration de monuments historiques, l’accompagne, l’instruit et éveille son intérêt à l’endroit de cette construction signée du tchèque Pavel Janák, l’un des principaux représentants du cubisme tchèque. Et Adam de confirmer : « C’est le seul pont cubiste au monde ! » Tramways, automobiles et piétons y circulent depuis son ouverture, en 1928. Le pont n’a jamais été rénové depuis. 

En 2016, tandis que la municipalité songe à remplacer le pont, Adam soumet une demande de classement au titre de monument historique auprès du ministère de la Culture ‒ une première demande avait été adressée en 2004 par l’Institut national du patrimoine. La réponse arrive deux ans plus tard : négative. 

En janvier 2018, la municipalité, invoquant des raisons de sécurité, décide la fermeture du pont pendant six semaines, avant de se prononcer derechef en faveur de son remplacement, et donc de sa destruction. Une annonce qui déclenche l’ire des habitants. Architectes et historiens d’art n’approuvent pas davantage et le font savoir à leur tour. 

Adam développe : « J’ai cherché à comprendre pourquoi ce pont devait être démoli. J’ai analysé le trafic et l’état technique du pont, avant de m’apercevoir qu’une option aussi radicale n’était pas nécessaire. J’ai donc fondé une association pour protéger le pont : l’Initiative pour la préservation du pont de Libeň. »

Bloquons le pont !

Un soir, Adam publie un billet sur un réseau social bien connu, qui appelle à la préservation de l’édifice. Il invite chacun à regarder l’ouvrage comme une œuvre d’art à part entière. Le lendemain matin, il s’aperçoit que, contre toute attente, son billet a rencontré une vaste audience. La population s’est emparée du sujet et, ni une ni deux, a appelé à bloquer le pont ! Dont acte. L’opération, menée par deux cents personnes environ, dura quelques symboliques minutes. 

L’engagement d’Adam l’a rendu populaire et a permis à son association de se faire également connaître et reconnaître. Ainsi a-t-il été invité à rejoindre la nouvelle équipe municipale, à l’issue des élections d’octobre 2018. 

Adam est élu au conseil de Prague au sein du mouvement Praha Sobě, une initiative citoyenne membre de la coalition notamment constituée par le Parti pirate, à la tête de la nouvelle mairie. Il est ensuite élu maire adjoint aux transports. Il a sous ses ordres quelque 12 000 personnes (services municipaux, organismes publics de transports, etc.).

Sans tarder, la nouvelle équipe annonce une étude en vue de la réparation du pont. L’ingénieur en mécanique et physicien élabore alors un plan de préservation. 

Salle du conseil municipal de Prague. L’environnement de travail d’Adam Scheinherr n’a plus grand-chose à voir avec un laboratoire de recherche. Le maire adjoint mobilise pourtant ses compétences techniques et scientifiques au quotidien. 

Quand les sciences de l’ingénieur servent l’action politique

Adam installe des pistes cyclables et conduit moult projets à mille lieux de sa formation universitaire et de ses précédentes expériences. En apparence, à tout le moins. « Mes études me sont toujours très utiles. Elles m’ont formé à la recherche, à l’analyse de documents. Elles me permettent de nourrir un dialogue éclairé avec des experts, d’évaluer des résultats... Du reste, les domaines de la mécanique et de la physique sont très proches de celui des transports. Ce dernier couvre le champ de la fabrication des véhicules, des tramways et des routes, la construction de ponts, le fluvial, etc. Mes études m’ont aussi appris à être un bon manager, ce qui est primordial à mes yeux. »

Le maire adjoint a de nombreux projets pour sa ville : construire de nouveaux ponts, creuser de nouvelles lignes de métro ou de tramways, multiplier les pistes cyclables et les passages piétons et implanter un téléphérique, entre autres. Volontaire et investi, il s’applique à faire de Prague la ville du quart d’heure. 

Sur un chantier d’élargissement de chaussée pour créer une voie de bus. Le maire adjoint partage régulièrement son action sur son compte Facebook.

« Les politiques doivent rester à l’écoute des scientifiques »

En entrant en politique, le docteur centralien quintilingue (Adam parle cinq langues) a dû renoncer à ses activités de recherche. Adam nuance toutefois : « Mon rôle de maire adjoint m’amène à entreprendre de nombreuses recherches sur des domaines nouveaux et variés. J’étudie beaucoup, chaque jour. »

Pour Adam, une vie sans recherche ne serait qu’ennui et insipidité. Plus, la recherche peut contribuer à changer le monde : « Elle est nécessaire pour permettre un développement soutenable. Les scientifiques qui s’engagent dans le débat public réalisent un travail important. Nous devons les écouter. ».

Aux élèves de Centrale Méditerranée, Adam Scheinherr souhaite faire passer un message : « Ayez confiance en vous. Si vous désirez faire quelque chose, passez à l’action. Les choses avancent à mesure que nous nous mettons en branle. »

Le maire adjoint conserve un engouement intact à l’endroit de son/notre école. En atteste sa dédicace finale : « Merci et bisous à tous mes collègues et professeurs de Marseille ! Olivier Boiron***, Lucie Bailly**** et Yannick Knapp***** ! »

 

* Master en double diplôme avec l’Université de Bohême de l’Ouest, à Pilsen ‒ cohabilité par Aix-Marseille Université et Centrale Marseille ‒, il a depuis été remplacé par le master de mécanique, parcours aéronautique et transport.

** Le laboratoire Irphé (UMR 7342) est une unité mixte de recherche en cotutelle, avec le CNRS et Aix-Marseille Université et Centrale Méditerranée.

*** Professeur de mécanique, directeur des Relations internationales à Centrale Méditerranée ; titulaire de la chaire Unesco Unitwin « Innovation pour le développement durable » pour l’animation du Réseau méditerranéen des écoles d’ingénieurs et de management (RMEIM).

**** Chargée de recherche au CNRS, laboratoire 3SR, Université Grenoble-Alpes.

***** Maître de conférences à Avignon Université.