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Quand étudiants ingénieurs et designers travaillent ensemble

Published on 05 December 2022

Centrale Méditerranée et l'Ecole Supérieure de Design de Marseille (ESDM) ont lié leurs forces pour faire émerger des solutions sur le thème de la mobilité et de l'urbanisme dans la cité phocéenne, dans le cadre du projet européen "Marseille, ville neutre en carbone à horizon 2030".

Pendant une semaine, en octobre, étudiants ingénieurs et designers ont travaillé de concert, à partir des travaux présentés par la Ville de Marseille, l'Ecole du Paysage et Alstom.

Jean-Paul Delambre, designer, agrégé, enseignants arts appliqués à l’ESDM et référent de la semaine idéation raconte cette semaine pendant laquelle les étudiants ont appris « à se parler et à douter ensemble. »

Quel est l’intérêt de cette semaine de travail entre étudiants ingénieurs et étudiants designers ? 

Cela fait maintenant 4-5 ans que l’on a ce type d’échanges. Le plus intéressant dans cette expérience pédagogique, c’est le croisement culturel. Nous avons un public de spécialistes techniques à l’école Centrale Méditerranée et un public dont la spécialité est plutôt l’usager du côté de l’ÉSDM. L’idée principale, c’est de faire en sorte que l’ensemble des intervenants dans l’industrie travaille en intelligence pour que les futurs « produits » soient de bonne qualité. 

Dans leur vie professionnelle, est-ce une situation à laquelle ils seront toutes et tous confrontés ?

La plupart du temps, selon mon expérience, le designer est recruté en fin de projet. Comme si on voulait sauver les meubles. Sauf que ça ne marche jamais. D’abord parce qu’il n’y a plus de budget pour sa prestation et que l’on n’a pas intégré la donnée usager au cahier des charges, au début du projet. Cette semaine de travail en commun est intéressante parce que dès le départ, l’on donne à voir aux ingénieurs, qui débutent, que les designers existent.

Cela permet également aux designers de voir quel type de profil ils ont en face d’eux et quel langage ils utilisent. Cela leur permettra plus tard, dans le monde professionnel, de dialoguer de manière constructive. Comprendre ce que les uns et les autres disent, c’est l’assurance d’une bonne efficacité. 

Parlent-ils la même langue ? 

Non, pas vraiment ! Les ingénieurs sont des premières années, nos étudiants sont en licence 3 ou en master 1. Cette expérience est intéressante pour nos étudiants, car elle les bouscule, elle les mène à l’empathie. Autrement dit à se mettre à la place de, essayer de comprendre ce qu’on me dit. C’est la même chose pour les ingénieurs. Le positionnement précoce de ce workshop permet de toucher des étudiants ingénieurs encore « neufs », ils ne sont pas encore spécialisés.

Plus tard dans le cursus, ils auront beaucoup plus de mal à s’ouvrir, à sortir de leur spécialité. Cette année on a une vraie participation entre les deux entités de formation et ça, c’est très intéressant, réjouissant. 

Vous mettez en particulier l’apprentissage du doute en avant, qu’entendez-vous par là ?

Je disais à mes étudiants que si l’on arrivait à insuffler dans la tête des étudiants ingénieurs comme dans les leurs, la notion de doute dans les solutions qu’ils proposent, cela serait déjà pas mal. Le doute est le seul outil performant de contrôle et de validation de ce que l’on propose comme solution.

Si j’ai un doute sur la première idée posée sur la « table », cela veut dire que je vais en chercher d’autres. Je vais explorer de manière exhaustive tous les possibles pour répondre à une problématique particulière.Cela me permettra de faire un véritable choix raisonné sur la solution la plus pertinente. Pour un designer, il n’y a pas une seule bonne solution. Le doute n’est facile pour personne, c’est accepter de ne pas avoir une réponse immédiate. C’est angoissant. Les étudiants s’arrêtent souvent à la première idée.

Or, la première idée n’est « jamais » la bonne. C’est souvent l’idée que tout le monde a. Il faut aller plus loin. Ce n’est que lorsque l’on a « une vingtaine idées » que cela commence à devenir intéressant. Il faut dépasser cette facilité de « l’évidence », pour basculer dans l’adversité et commencer à trouver des hypothèses vraiment intéressantes. Cela ne veut pas dire que l’on ne reviendra pas à la première idée. Mais, on aura tous les arguments qui permettront d’asseoir le choix. (Il ne faut pas oublier qu’un designer ne travaille quasiment jamais sur un système technique « simple », mais toujours sur un besoin auquel il faut apporter une réponse en terme d’usage, ce qui engage souvent une multitude de disciplines. Il œuvre toujours dans un système complexe. C’est de ce point de vue un généraliste)

 C’est un chemin difficile... 

Les ingénieurs de première année viennent principalement de classes préparatoires aux grandes écoles, ils ont été comme sur des rails pendant toute leur formation pour une question d’efficacité. Cette efficacité peut être nuisible à la créativité et à l’ouverture. A un moment il faut casser cette verticalité et pouvoir se dire que face à un problème de mécanique par exemple, il existe plusieurs solutions en fonction du mode d’utilisation notamment, mais également des conditions environnementales.

Nous, designers, savons aller chercher l’usager. Les ingénieurs, eux, savent aller chercher l’information technique. Il faut les deux pour que cela fonctionne. Il est important à la fin de cette semaine que les étudiantes et étudiants comprennent ce qu’ils peuvent et ne peuvent pas amener à l’industrie. Que leurs compétences sont complémentaires. On ne peut tricher sur ses compétences et connaissances. L’industrie constitue des équipes pluridisciplinaires pour répondre, au plus juste, aux besoins des usagers. Il est temps que les écoles s’en inspirent.

 

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