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Genre de sciences obtient le label Cap Ingénieuses

Published on 18 March 2022

La nouvelle campagne de labellisation Cap Ingénieuses 2022, lancée par la Conférence des directeurs des écoles françaises d’ingénieurs (CDEFI), vient d’honorer le programme Genre de Sciences porté par l’École, via son Labo sociétal, et animé par des élèves ingénieurs volontaires. 

Cette reconnaissance institutionnelle rend le programme éligible au prix Cap Ingénieuses qui sera délivré au printemps prochain.

« On a vu des femmes très savantes comme il en fut de guerrières, mais il n’y en a jamais d’inventrices. » À l’évidence, ce jour-là, Voltaire manqua de clairvoyance… Marie Breton a inventé le biberon ; Eugénie Niboyet, l’encre indélébile ; Tabitha Babbitt, la scie circulaire ; Mary Anderson, l’essuie-glace ; l’actrice américaine Hedy Lamarr, la technologie sans fil ; Maria Beasley, le canot de sauvetage ; Alice Ball, le premier traitement contre la lèpre ; Ada Lovelace, le premier programme informatique, etc. Le mot précurseur n’a pourtant pas de féminin… 

De son côté, l’historiographie dominante s’obstine à réduire à peau de chagrin la place et le rôle des femmes dans l’histoire de l’humanité. De fait, les idées reçues sont partout à déconstruire, y compris lorsqu’elles frappent certains métiers ou filières. Il est en effet notoirement admis que les lieux communs liés à la division genrée des métiers influencent les choix d’orientation des élèves et affectent l’image de certaines filières. 

En 2018, une étude du Centre d’information et documentation jeunesse (CIDJ) indiquait que seuls 17 % des métiers étaient mixtes.


 

À la conquête de la mixité des métiers

La Conférence des directeurs des écoles françaises d’ingénieurs (CDEFI) a lancé son opération Ingénieuses en 2011, dans le but de valoriser des projets ludiques et pédagogiques portés par des écoles d’ingénieurs auprès de classes d’écoles élémentaires, de collèges et de lycées

Chacune à leur manière, ces actions ambitionnent de déconstruire les stéréotypes liés au genre auprès du jeune public et susciter, notamment chez les jeunes filles, des vocations dans les domaines des sciences et de l’ingénierie. 

Porté par le Labo sociétal de Centrale Marseille et animé par des élèves ingénieurs bénévoles, le programme Genre de sciences s’attache, depuis 2015, à démontrer que les filles, comme les garçons, sont légitimes et compétentes partout et en tout. Pour ce faire, il disqualifie les stéréotypes et la division genrée des métiers auprès de cent cinquante collégien.ne.s et lycéen.ne.s issu.e.s des établissements partenaires de l’École : les collèges Jean-Claude Izzo, Stéphane Mallarmé, Édouard Manet, Jean Moulin, Pythéas, et les lycées Denis Diderot et Victor Hugo.

Des charpentières et des puériculteurs

Préalablement formés, les élèves ingénieurs centraliens engagés bénévolement dans le projet encouragent ces jeunes filles et garçons à décider de leur orientation en dehors des clichés et préjugés qui entourent certains métiers ou trajectoires. 

Si, à l’origine du programme, l’accent était mis sur les filières scientifiques et techniques, l’action s’est rapidement étendue à tous les cursus. Parce qu’il est autant nécessaire d’encourager les filles à devenir de brillantes ingénieures, charpentières ou mécaniciennes que de soutenir les garçons désireux de devenir sages-femmes, puériculteurs ou assistants sociaux.

Du jeu de rôle aux rencontres professionnelles

Tout au long de l’année, plusieurs activités visent à désancrer des idées reçues transmises de générations en générations. Pour une première entrée en matière, filles et garçons sont invités à citer quelques modèles féminins… Les réponses surgissent beaucoup moins spontanément que pour leurs homologues masculins.

Autre moyen de révéler l’inanité de la division genrée des métiers : accompagnés des élèves ingénieurs, les collégien.ne.s et lycéen.ne.s rencontrent des étudiant.e.s et des professionnel.le.s issus de filières aussi variées que l’aéronautique, la santé, l’entrepreneuriat ou la recherche. 

Aussi, des actions sont conduites sur le thème de l’égalité des genres et la mixité. Les jeux de rôle permettent, pour leur part, aux jeunes filles et garçons d’épouser, l’espace d’un instant, les points de vue contradictoires du discriminant et du discriminé. 

Parmi les exercices tout aussi ludiques, il leur est proposé d’imaginer différentes étapes de leur vie : lorsqu’ils annoncent leur choix d’orientation « atypique » et suscitent des réactions plus ou moins contrastées auprès de leurs amis et famille et ce qu’ils ressentent face à ces réactions ; lorsqu’ils débutent leurs études supérieures et qu’ils se trouvent immergés dans un environnement majoritairement masculin ou féminin ; lorsqu’ils postulent et se trouvent « en concurrence » avec une majorité de femmes ou d’hommes et doivent défendre leurs motivations et répondre aux divers commentaires. 

Oser faire un pas de côté

Faire évoluer les représentations genrées des élèves, assurer la promotion d’une culture de l’égalité entre filles et garçons, susciter le questionnement sur les stéréotypes de genre et leur influence dans les choix d’orientation sont quelques-uns des objectifs visés par Genre de sciences. 

En s’appliquant à révéler les potentiels et les capacités par une multitude d’activités, les élèves ingénieurs mobilisés agissent sur les mécanismes d’autocensure et ouvrent le champ des possibles des élèves. Renforcer l’ambition et la confiance en soi dès le plus jeune âge permettra, demain, d’élargir les perspectives professionnelles et les puissances d’agir. 


Le 3 mars, deux futurs ingénieurs animaient leur premier atelier devant des élèves du collège Jean Moulin (15e arr.).
 

Sophie Dominique, responsable du pôle Égalité des chances au Labo sociétal de Centrale Marseille
« Nous semons des graines »

Que vous apporte le label Cap Ingénieuses 2022 ?

Obtenir ce label est un signe de reconnaissance de notre travail. La CDEFI reconnaît que notre école agit, qu’elle s’engage sur un enjeu sociétal primordial. En outre, cette labellisation rend notre projet éligible au prix Cap Ingénieuses ; le jury se réunira en avril, nous saurons alors s’il fait partie des nominés. 

Nous sommes aussi invités à Paris, le 19 mai prochain, pour la remise des prix de l’opération Ingénieuses. Nous pourrons y faire des rencontres, échanger, recueillir de nouvelles idées, élargir notre réseau… 

Quelle formation pour les élèves ingénieurs engagés dans le projet ?

Les futurs ingénieurs qui animent, en duo, les activités ont reçu une formation théorique et pratique. La première a été dispensée par Isabelle Régner, professeure en psychologie sociale, chercheuse au laboratoire de psychologie cognitive et vice-présidente à l’égalité femmes-hommes et lutte contre les discriminations à Aix-Marseille Université. La seconde, par le Labo sociétal. 

Quelle mixité parmi l’équipe encadrante ?

Le groupe est composé de 24 élèves ingénieurs : 11 jeunes hommes et 13 jeunes femmes. Ces Centraliennes ont fait leur auto-analyse : elles savent qu’elles ont échappé à une forme de déterminisme. Elles ont su dépasser les clichés et souhaitent désormais aider les autres à entreprendre la même démarche. Quant aux garçons, ils se sentent tout autant concernés et s’impliquent en conséquence. 

Les métiers genrés disparaîtront-ils avec les nouvelles générations ?

Nous ne parviendrons certes pas à l’égalité en comptant uniquement sur les jeunes publics, mais nous devons prendre notre part, montrer que les choses peuvent changer et qu’elles changent. D’autant que c’est en primaire et en secondaire que les disparités s’accentuent. Nous devons donc aborder la complexité de ces processus dès le plus jeune âge pour outiller les jeunes publics et leur permettre d’agir. Nous cherchons à semer des graines, dessiner un cercle vertueux qui contribue à changer les mentalités. 

Comment s’affranchir des stéréotypes ?

La question du genre est liée à des conditionnements sociaux, culturels, politiques. Nous travaillons à faire comprendre les mécanismes à l’œuvre et former des acteurs critiques et lucides, capables d’assumer des choix libres et autonomes. Genre de sciences encourage filles et garçons à se délivrer des pressions sociales, des idées préconçues, des codes surannés, véhiculés par la publicité, les médias, les professeurs aussi parfois… Nous les incitons à prendre de la distance et oser aller à l’encontre de choix socialement déterminés. Chacune et chacun de nous peut agir au quotidien en soutenant les choix de nos proches. 

Un événement à annoncer en avant-première ?

Le 11 mai prochain, nous organisons, au sein de l’école, une conférence qui mettra à l’honneur une femme inspirante. L’événement sera suivi d’ateliers créatifs et de mises en situation. Nous inviterons les élèves de nos collèges et lycées partenaires à se mettre dans la peau d’un homme ou d’une femme politique, par exemple… 

Quel projet social se dessine à travers les actions du Labo sociétal ?

Ce travail s’inscrit dans la lignée de toutes les autres actions du Labo sociétal. Il s’agit toujours de permettre à des élèves socialement et économiquement défavorisés d’être acteur de leur vie et de leur avenir en mettant, autant que possible, à distance les contraintes sociales, économiques ou liées au genre. La question du genre transcende certes les classes sociales, mais pour celles et ceux qui ont d’autres barrières à franchir, l’émancipation est encore plus compliquée. 

Nous voulons contribuer à construire une société plus tolérante, égalitaire, inclusive et libre. Le chemin est long, mais l’important est de le parcourir ensemble. 

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L’École remercie le comité de labellisation composé de représentants de la CDEFI, d’ATC France, l’Agence universitaire de la francophonie, Femmes ingénieures, Elles bougent, STMicroelectronics et Talents du numérique